Prix du lait bio 2025 : une première bouffée d’oxygène
Sous l’effet d’une légère reprise de la consommation et de la baisse de collecte, le prix moyen bio des 15 acteurs de notre observatoire augmente de presque 19 € en 2025, à 553 €/1 000 l. En 2024, la hausse moyenne était de 4,50 €.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
La filière bio retient son souffle. À deux reprises en 2025, les ventes de produits laitiers bio ont progressé dans les rayons des enseignes de distribution : + 2 % en juillet et octobre selon le Cniel par rapport au même mois de l’année précédente, en volume équivalent lait. En novembre, les ventes étaient stables. Sur un an, elles baissent de 2 % en GMS, mais – voyons le verre à moitié plein – c’est quatre fois moins qu’en 2024 (- 8 % selon le Cniel). La crème et l’ultrafrais amortissent ce recul. Avec + 0,8 % et + 2,5 %, elles retrouvent le chemin de la croissance. « Les ventes de beurres, fromages et laits conditionnés, elles, restent en recul, même si elles se redressent progressivement », pointe Corentin Puvilland, économiste au Cniel. Elles diminuent de - 3 % à - 5 % selon les derniers chiffres disponibles, contre - 8 % à - 9 % en 2024.
Une hausse du prix bio de 3,5 %
Néanmoins, les référencements des GMS restent bien en deçà du niveau de 2021. Face à leur offre insuffisante, les consommateurs bio historiques franchissent de nouveau la porte des magasins spécialisés. De même, l’écart de prix restreint avec les produits conventionnels encourage la restauration collective à acheter un peu plus bio. Faut-il attribuer à cette amorce de reprise la hausse des prix du lait bio en 2025 ? Elle s’établit à 18,75 €/1 000 l en moyenne sur les 15 laiteries qui figurent dans notre observatoire. Leur prix 2025 (moyenne arithmétique) s’élève à 553,04 € (+ 3,5 %), en qualité 41/32,5 et super A. C’est plutôt dû à l’effet cumulé « conso » et baisse de la collecte, car cette dernière réduit le déclassement des volumes vers la filière conventionnelle. La décertification d’exploitations laitières, le départ à la retraite de producteurs et la suspension des conversions depuis plusieurs années pèsent sur la collecte française. Elle est estimée à - 5 % entre 2024 et 2025, à environ 1,12 milliard de litres.
Biolait envoie des signaux positifs
Biolait diminue plus que la moyenne nationale : - 7 % pour 227 Ml. « Nous atterrissons avec 10 Ml supplémentaires par rapport à ce que nous avions prévu », indique Simon Brichart, directeur de Biolait. « Les conditions météorologiques favorables et les décalages de vêlages liés à la FCO en sont l’explication. » En cinq ans, le leader de la collecte nationale bio a réduit ses volumes de plus d’un quart. À la traîne du prix du lait depuis le début de la crise bio, la SAS a envoyé des signaux positifs à ses 1 200 adhérents en réévaluant, au printemps et au quatrième trimestre, les prix mensuels d’acompte annoncés début 2025.
Comme tous les ans, la dernière réévaluation a été faite après-coup en janvier 2026, ce qui porte son prix du lait dans notre observatoire à 488,57 €/1 000 l. Biolait enregistre la deuxième plus forte hausse (+ 29 €). Celle-ci n’est pas toutefois suffisante pour gagner des places dans le classement. Son prix reste le dernier des 15 laiteries de l’observatoire. « En réalité, en grande majorité grâce aux taux de nos adhérents plus élevés que la moyenne nationale de 0,8 g/l de TP et de 0,5 g/l de TB, nous atteignons les 510 €/1 000 l », défend Simon Brichart. Lequel prévoit une nouvelle baisse des volumes en 2026, sans en dire plus.
Lactalis s’engage sur + 23,20 € en 2026
Lactalis prévoit également une baisse de ses volumes en 2026. Les départs de producteurs, parce que le mayennais rompt leur contrat ou parce qu’ils ont décidé de le quitter, vont se poursuivre. En 2025, le groupe enregistre un recul de 28 Ml (- 12 %), mais reste à 50 % de taux de déclassement. « La concurrence est vive sur le lait UHT bio. Les volumes pour la marque Lactel Bio & engagé sont maintenus, mais ceux en marque de distributeurs souffrent », note Fabien Choiseau, directeur des approvisionnements laitiers France. Selon lui, le taux de déclassement devrait descendre progressivement à 40 % en 2026. Même si la hausse du prix est proche de celle de Sodiaal et Eurial (+ 19,52 €/1 000 l, contre respectivement + 20,27 € et + 26,66 €), le prix final est avant-dernier des 15 laiteries de l’observatoire, à 521,26 €. Les + 23,20 €/1 000 l de prix de base sur lesquels se sont accordés Lactalis et l’OP Bio Commun (ex-OP Seine&Loire) pour 2026 devraient contribuer à faire remonter l’industriel dans le classement. « Notre objectif est d’accompagner les producteurs qui sont autour de nos usines », rappelle Fabien Choiseau.
Une clause de revoyure est prévue en juin. L’an passé, des producteurs représentant 5 Ml autour du site de Vitré (Ille-et-Vilaine), fief de Lactel, ont quitté le lavallois.
Sodiaal : des conversions dans le Sud-Ouest, pas ailleurs
Sodiaal est dans les clous de ses prévisions faites début 2025, à savoir un repli de sa collecte à 185 Ml, ce qui amène le taux de déclassement du groupe coopératif entre 17 % et 19 % contre 28 % il y a deux ans. Il escompte une stabilité de sa collecte et de son prix cette année. « Nous avons rouvert mi-2025 les conversions dans le Sud-Ouest », précise tout de même Florence Monot, directrice générale amont. « Nous avons besoin de lait bio pour notre usine de Montauban (Tarn-et-Garonne). » Le site fabrique de la poudre de lait infantile bio pour son partenaire danois Arla Foods.
Eurial : protéger la rémunération bio
à l’inverse de ses deux concurrents industriels, Eurial bio, l’une des branches d’Agrial, achève 2025 avec 131 Ml, soit 6 Ml de plus qu’augurés en septembre, lors du Space de Rennes. « Les conditions météorologiques et l’arrivée en fin de conversion de 6 producteurs à l’automne ont fourni ce surplus de volume », explique Bruno Martel, président d’Eurial bio. Les 125 Ml prévus devraient être effectifs cette année, notamment par le départ de producteurs de la Manche pour Novandie (4 Ml). Le taux de déclassement de la branche devrait être reconduit : 20 % à 25 % pour la matière protéique, 2 % à 3 % pour la matière grasse (lire L’éleveur laitier n° 360, novembre 2025, page 15). Prudente, elle s’engage a minima à reconduire le prix de 2025 qui s’élève à 547 €, « en veillant à ce que l’écart qui va se creuser à cause du repli du prix conventionnel ne pénalise pas la rémunération bio. à nous de bien gérer le pic de collecte du printemps. »
Bruno Martel est également, depuis peu, président de l’Agence bio. « Le sens de la production bio échappe aujourd’hui aux consommateurs. Il faut leur réexpliquer ses fondamentaux. » Selon lui, l’écart de prix dans les rayons entre les produits laitiers conventionnels et bio va rester à l’identique. « Grosso modo, un produit bio sous MDD est au même prix qu’un produit à marque. L’objectif des campagnes de communication est qu’a minima leur arbitrage se fasse en faveur des premiers. »
Pour accéder à l'ensembles nos offres :